Rien ne s’oppose à la nuit ~ Delphine de Vigan

rien ne s'oppose à la nuit

Rien ne s’oppose à la nuit

de Delphine de Vigan

Roman autobiographique & biographie

JC Latès – papier (400 pages)

 

Ma note : 17/20

Résumé :

Le livre de Delphine de Vigan est une biographie de sa mère ; elle y raconte l’enfance de Lucile, son adolescence, ses premiers amours, la mort de ses frères, les différents déménagements mais aussi les crises de folie et la bipolarité qui ont malmené la vie de sa mère. Elle y raconte aussi le mal qu’elle a eu à écrire ce livre : cauchemar en plein milieu de la nuit, syndrome de la page blanche, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas bien écrire sa mère, des réactions de son entourage, de ceux qui ont connu Lucile ‘’de près’’. Elle nous explique qu’il lui aura fallut deux ans avant de pouvoir écrire ce livre.

« Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle, ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens au plus récents, histoire de me prouver combien le terrain était miné et le sujet galvaudé, j’ai chassé les phrases qui me venaient au petit matin ou au détour d’un souvenir, autant de débuts de romans sous toutes les formes possibles dont je ne voulais pas entendre le premier mot, j’ai établi la liste des obstacles qui ne manqueraient pas de se présenter à moi et des risques non mesurables que j’encourais à entreprendre un tel chantier.

Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré : trop casse-gueule en résumé.

J’ai laissé ma sœur récupérer les lettres, les papiers et les textes écrits par Lucile, en constituer une malle spéciale qu’elle descendrait bientôt dans sa cave.

Je n’avais ni la place ni la force. »

Dès le début du livre, elle nous décrit sa mère, telle qu’elle l’a trouvée dans sa maison, lorsqu’elle est morte : « Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres (…) lorsque je l’ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Ma mère était morte depuis plusieurs jours ». Elle nous explique qu’au début, elle ne voulait pas faire comme les autres écrivains : elle ne voulait pas raconter sa mère. Malgré cela, l’idée lui a de nouveau plusieurs fois traversé l’esprit et elle s’est décidée. A la suite de son choix, Delphine de Vigan a mené son ‘’enquête’’ sur sa mère : interview de son grand-père, de sa grand-mère, des frères et sœurs de Lucile, recherche de documents, de cassettes, de films…

            « Alors j’ai demandé à ses frères et sœurs de me parler d’elle, de me raconter. Je les ai enregistrés, eux et d’autres, qui avaient connu Lucile et la famille joyeuse et dévastée qui est la nôtre. J’ai stocké des heures de paroles numériques sur mon ordinateur, des heures chargées de souvenirs, de silences, de larmes et de soupirs, de rires et de confidences.

            J’ai demandé à ma sœur de récupérer dans sa cave les lettres, les écrits, les dessins, j’ai cherché, fouillé, gratté, déterré, exhumé. J’ai passé des heures à lire et à relire, à regarder des films, des photos, j’ai reposé les mêmes questions, et d’autres encore.

            Et puis, comme des dizaines d’auteurs avant moi, j’ai essayé d’écrire ma mère. »

Son livre se déroule dans la chronologie de la vie de sa mère : de son enfance jusqu’à sa mort. Le récit est séparable en deux grandes parties : avant l’auteur et avec l’auteur. En effet, Delphine de Vigan est obligé de décrire sa mère, dans une première partie, du point de vu des autres, de ce qui la connaissait quand elle n’était pas encore née. Dans cette partie, le récit mélange fiction et réel : l’auteur est obligé de s’imaginer sa mère à l’époque, ce qu’elle pensait, de quel point de vu voyait-elle les évènements… L’enfance et la jeunesse de Lucile sont racontées à la troisième personne. A partir du moment où Delphine de Vigan a l’âge de penser dans le livre, elle abandonne « toute tentative de récit à la 3ème personne » et se met à utiliser le pronom personnel ‘’je’’.

Mon avis :

Hello! Tout comme « Le cri de la mouette » d’Emmanuelle Laborit, ce livre est une autobiographie (de l’auteure), mais c’est aussi une biographie (de la mère de l’auteure). De plus, c’est de nouveau un livre que je n’ai « pas choisi ». En effet, ça a été une de mes lecture cursive en première.

Pour en revenir à l’histoire, qui est quand même le sujet principal de ce post, je peux vous dire qu’elle m’a beaucoup touchée. La famille de Lucile, la mère de Delphine, est une famille nombreuse et complexe.

Comment vous en parler?… Ce que je peux vous dire, c’est que dans l’histoire, Delphine est un personnage touchant et son histoire l’est tout autant qu’elle (oui, je me répète >< !). Le fait que dans la « deuxième partie » de son roman elle se mette a décrire sa mère de son propre point de vue (parce que à ce moment là, elle a des souvenirs. La deuxième partie correspond au moment où elle faisait partie de la vie de sa mère) nous permet d’être plus proche d’elle et de mieux comprendre ce qu’elle a vécu.

En lisant ce roman, j’ai ressenti tout un tas d’émotions, passant par la tristesse et l’horreur, ou la peur. Je pense que le fait de savoir que cette histoire est une histoire vraie, et pas fictive, m’a fait lire ce livre d’une autre manière.  Je pense que j’y est été plus attentive car le fait que Delphine de Vigan ait, pour la « première partie », fait des recherches minutieuses sur sa mère pour essayer de nous la présenter telle qu’elle était, m’a s’en doute poussée à lire avec une certaine attention.

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.

La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.

Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

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